Mémoires d’enfant : La tâche rouge

Mémoires d’enfant : La tâche rouge

Mémoires d’enfant : La tâche rouge
Septembre 2020

Le rouge était éclatant. Peut-être un peu trop pour un salon. Mais bon ! cela mettrait un peu de gaité dans cet appartement plutôt sombre dans lequel je venais d’emménager. Je reculais pour regarder l’effet de ce mur rénové, mon pinceau à la main. Une goutte tomba sur le sol fortuitement protégé. Je contemplais mon œuvre rêveusement lorsque je m’aperçus de la tâche, la, sur le sol. Elle m’attirait, m’hypnotisait. Mon regard ne pouvait s’en détacher. Et j’entendis alors des rires et des cris d’enfants.
‒ Tu mets trop de peinture. Regarde, cela coule partout. Et puis tu as taché le mur de la cour. Quand on va s’en apercevoir, tu vas te faire gronder.
‒ Mais non, répondit la petite fille. On ne saura que c’est nous. Et puis regarde ; elle est même plus jolie comme cela ma trottinette ; on dirait presque qu’elle est neuve.
‒ En tout cas, moi je dirais que c’est toi qui l’a faite, la tâche rouge sur le mur, répliqua le petit garçon.
La fillette haussa les épaules. Décidément, Didier sera toujours un peureux. Et en plus cafardeur. Elle ferma le pot de peinture, tout de même un peu inquiète des conséquences et courut le ranger à la cave située dans le sol de l’immeuble. Comme cela personne ne saura rien, pensa-t-elle.
Elle revint toujours en courant et toucha légèrement la peinture de la trottinette. Elle n’était pas tout à fait sèche et Didier avait disparu entre-temps. Elle haussa de nouveau les épaules, un geste qui lui était devenu familier. Tous les garçons sont des peureux, se dit elle un peu déçue tout de même de se retrouver seule. En tout cas je n’ai pas sali ma robe ; maman ne pourra rien de me dire.
Elle essuya machinalement la sueur qui perlait sur son et sa lèvre supérieure. Il faisait si chaud ce jour-là et elle contempla à la fois dégoutée et fascinée les longues processions de chenilles qui défilaient sur l’escalier en face de l’immeuble. Les grillons émettaient leur crissement strident.
Elle toucha de nouveau la peinture de la trottinette. C’est presque sec, constata-t-elle. Et elle ne put résister au plaisir d’y monter pour dévaler la pente qui menait jusqu’à la route. Quand elle descendit de son engin, la marque de la semelle de sa chaussure était restée gravée. Elle poussa la trottinette pour remonter la pente. Elles se sentait seule sans son copain pour l’admirer et pour jouer, un peu triste et vexée aussi qu’il ait abandonnée.
Elle alla ranger la trottinette et remonta chez elle.
‒ Déjà rentrée ? Lui lança sa mère depuis la cuisine.
‒ Oui, Didier a dû rentrer chez lui, mentit-elle. Et puis, J’avais envie de lire.
Je reposais mon pinceau sur le pot de peinture dont j’avais fermé le couvercle. Je revoyais la petite fille aux yeux tristes si fière d’elle, mais aussi si seule.
Mon regard accrocha mon reflet dans le miroir. Qui avait il de changer depuis ce temps oublié ?

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